Anne Dobigny-Reverso (IHD-Jean Gaudemet de l’Université Paris Panthéon-Assas) et Frédéric Gabriel (CNRS – IHRIM) vous prient de trouver ici l’annonce de la prochaine séance du séminaire « Parlement(s) et cours souveraines » :
Vendredi 11 octobre 2024 (16h30-18h30)
Wakil BELHADDAD (ENS de Lyon), « Le De Comitiis seu Parlamentis … du théatin Tommaso Del Bene (1644) ».
Répondants : Raphaël FOURNIER (ESSCA), Jean SENIE (Université de Tours)
Le séminaire se tiendra dans les locaux de l’Institut d’Histoire du Droit-Jean Gaudemet (salle Administration ou salle Collinet, selon la disponibilité), 4 rue Valette, 75005 Paris, esc. de gauche sous le hall, 3e étage.
Voici le lien de connexion ZOOM pour toutes les personnes qui ne pourraient pas se déplacer à l’Institut, sachant que nous vous remercions, lorsque vous le pouvez bien sûr, de privilégier la présence dans nos locaux.
Veuillez noter, s’il vous plaît, dans vos agendas les dates des séances ultérieures du séminaire : 8 novembre 2024 ; 10 janvier, 14 mars, 3 et 4 avril (colloque) et 16 mai 2025.
Anne Dobigny-Reverso (IHD-Jean Gaudemet de l’Université Paris Panthéon-Assas) et Frédéric Gabriel (CNRS – IHRIM) vous prient de trouver ici l’annonce de la prochaine séance du séminaire « Parlement(s) et cours souveraines » :
Vendredi 27 septembre 2024 (16h30-18h30)
Pascal Gourgues (Université Paris Panthéon-Assas – IHD-Jean Gaudemet), « Les élections des rois francs dans la littérature politique ancienne (XVIe-XIXe siècle) »
Le séminaire se tiendra dans les locaux de l’Institut d’Histoire du Droit-Jean Gaudemet (salle Administration ou salle Collinet, selon la disponibilité), 4 rue Valette, 75005 Paris, esc. de gauche sous le hall, 3e étage.
Voici le lien de connexion ZOOM pour toutes les personnes qui ne pourraient pas se déplacer à l’Institut, sachant que nous vous remercions, lorsque vous le pouvez bien sûr, de privilégier la présence dans nos locaux.
Anne DOBIGNY-REVERSO vous invite à une réunion Zoom programmée.
Veuillez noter, s’il vous plaît, dans vos agendas les dates des séances ultérieures du séminaire : 11 octobre et 8 novembre 2024 ; 10 janvier, 14 mars, 3 et 4 avril (colloque) et 16 mai 2025.
Rentrée ? Sortie ? Passage de relais ou fausse sortie ?
1/ Une rentrée bien particulière
Je suis à la retraite depuis le 5 mai dernier, ce qui ne m’empêche pas de continuer à travailler. Autrement…
J’exprime toute ma reconnaissance à toutes les personnes, de l’Université, des Archives nationale de France, du CNRS, qui m’ont assurée de leur confiance, de leur soutien, de leur approbation de mes hypothèses et de mes entreprises, très souvent de leur amitié. Elles ont fait le bonheur de ma carrière. Je dois une attention spéciale à l’équipe d’Hypothèses.org qui m’a accueillie et soutenue presque dès la création du portail en 2009 : merci pour les formations, les conseils, la bienveillance qui m’ont accompagnée depuis quinze ans !
Il me reste beaucoup de chantiers restés inachevés : le Parlement de Paris, les parlements et cours souveraines d’Ancien Régime sont un champ de recherche inépuisable. J’espère que je pourrai désormais consacrer toute mon énergie et mon enthousiasme – intacts – à les mener à bien, peut-être à leur terme. Pour cela, je vais bénéficier de la compétence et de l’amitié si chaleureuse de mes collaborateurs de l’Institut d’Histoire du Droit Jean Gaudemet qu’à la demande si sympathique de sa directrice, Emmanuelle Chevreau, je ne quitte qu’à moitié.
Elle est Maître de conférences à l’Université de Toulon, sur un poste qui, par une exception extrêmement favorable, se trouve à cheval sur le droit privé et l’histoire du droit. Sa thèse, soutenue en 2012, est intitulée :
Le notaire et la transmission du patrimoine à travers les contrats de mariage en Touraine : 1750-1850
Ce travail la spécialise, sans exclusivisme, dans le traitement des archives anciennes. C’est la raison pour laquelle elle s’est rapprochée de moi, et du Centre d’Etude d’Histoire Juridique (département de l’UMR 7184, dont j’assure depuis 2022 la direction adjointe). Aussi est-elle entrée à l’Institut d’Histoire du droit Jean Gaudemet, depuis 3 ans, comme chercheur associé titulaire.
Elle prendra mon relais dans trois de mes responsabilités passées : ici, dans ce carnet de recherche, elle assurera la rédaction en chef ; pour l’organisation du séminaire “Parlement(s) et cours souveraines en France et en Europe, sous l’Ancien Régime”, elle partagera la direction des programmes et des séances avec Frédéric Gabriel (IHRIM, UMR 5317 de l’ENS de Lyon, CNRS) à qui va aussi ma très vive reconnaissance pour toutes ces années de collaboration ; enfin dans le cadre du l’IHD-Jean Gaudemet, elle prendra ma suite à la direction des projets et assurera ainsi une part majeure de la dynamique de l’équipe dans la continuité des pistes scientifiques et des chantiers de recherche que j’ai contribué à ouvrir au CEHJ. Qu’elle veuille bien trouver ici l’expression de ma confiance et mes remerciements très vifs pour son engagement enthousiaste, généreux et compétent.
3/ Conclusion : une fausse sortie…
Vous l’aurez compris : je ne pars pas tout à fait. Je continuerai à soutenir le séminaire par ma présence régulière (au moins en visio). On m’a fait l’honneur de me demander un certain nombre de conférences, de participation à des colloques, à des projets. J’ai des travaux en cours de publication, d’autres dont je prépare l’édition, ne serait-ce que ce “journal” de mon commis-greffier préféré, Jean Gilbert de l’Isle, dans ce carnet de recherche. Abandonnées faute de temps, en raison de trop d’obligations contraires, les livraisons régulières de ce journal permettront de réaliser au terme de l’année 2030 l’édition électronique du corps complet des écrits de cet exceptionnel témoin de l’activité et de la vie de la magistrature du Parlement de Paris dans les cinq décennies qui, de Louis XIV à Louis XV, entre 1690 et 1745, ont porté à un degré jamais atteint d’efficacité et de régularisation des procédures l’institution du greffe du Parlement de Paris.
Anne Dobigny-Reverso (IHD-Jean Gaudemet) et Frédéric Gabriel (CNRS – IHRIM) vous prient de trouver ici l’annonce de la prochaine séance du séminaire « Parlement(s) et cours souveraines » :
Vendredi 24 mai 2024 (16h30 – 18h30)
Mathieu Servanton (Université de Bordeaux – Luxembourg),
“Une première présidence au temps des cardinaux ministres : les stratégies de Jean de Bertier de Montrabé à Toulouse”
Répondants : Christian Jouhaud (EHESS-CNRS) et Pierre-Jean Souriac (Université de Lyon)
Le séminaire se tiendra salle Collinet de l’Institut d’Histoire du Droit-Jean Gaudemet, 4 rue Valette, 75005 Paris, esc. de gauche sous le hall, 3e étage.
Vous trouverez ci-dessous, en outre, le lien de connexion ZOOM pour toutes les personnes qui ne pourraient pas se déplacer à l’Institut, sachant que nous vous remercions, lorsque vous le pouvez bien sûr, de privilégier la présence dans nos locaux. En cas d’incident de connexion, n’hésitez pas à nous contacter par téléphone (au 06 03 92 80 41).
Voici le lien pour la réunion du 24 mai :
Anne DOBIGNY-REVERSO vous invite à une réunion Zoom planifiée.
Sujet: Parlement(s) et cours souveraines 24 mai 2024
N. B. Le parlement de Toulouse est la première des cours de parlements à être érigée (après plusieurs essais) en institution distincte du Parlement (de Paris) qui est alors la cour d’appel au roi, LE parlement du roi par excellence, dont la naissance, au XIIIe siècle, avait semé aussi le premier germe de ce qui deviendra “l’Etat” royal. Cette institutionnalisation fut définitive par l’édit de Saumur rendu par Charles VII, en octobre 1443. L’installation du parlement de Toulouse se fit le 4 juin 1444 en présence de deux envoyés du roi, Jacques Coeur et Jean d’Etampes. L’ouverture solennelle des séances eut lieu à la Saint-Martin 1444.
Au XVIe siècle, c’est à Toulouse qu’apparurent les premières résistances les plus caractéristiques de la Grande Robe au pouvoir grandissant du roi, désormais véritablement et définitivement “monarque” au sens politique du terme. A ce moment même, la trame des organes d’administration et des officiers du roi, déjà tissée au XIVe et au XVe siècle dans ses grandes lignes, s’unifie en un maillage de plus en plus régulier et serré pour s’épanouir enfin, après qu’Henri IV affirme avoir “establi l’Estat” (discours au Parlement de Paris, au Louvre, de janvier 1599), au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle.
La prochaine séance du séminaire “Parlement(s) et cours souveraines sous l’Ancien Régime” se tiendra le :
Vendredi 26 avril 2024 (16h30-18h30)
nous écouterons :
Francesco Di Donato (Université de Naples), « Les robins et la Révolution française ».
Seront ses répondants : Sonia Scognamiglia (Université de Naples) et Frédéric Bidouze (Université de Pau et des pays de l’Adour)
Le séminaire se tiendra salle Collinet de l’Institut d’Histoire du Droit-Jean Gaudemet, 4 rue Valette, 75005 Paris, esc. de gauche sous le hall, 3e étage.
Vous trouverez ci-dessous le lien de connexion ZOOM pour toutes les personnes qui ne pourraient pas se déplacer à l’Institut, sachant que nous vous remercions, lorsque vous le pouvez bien sûr, de privilégier la présence dans nos locaux. En cas d’incident de connexion, n’hésitez pas à nous contacter par téléphone (au 06 03 92 80 41).
Notre séminaire “Parlement(s) et cours souveraines, en France et en Europe, sous l’Ancien Régime”, reprend après la pause hivernale qui est devenue coutumière pour laisser la place, à l’IHD-Jean Gaudemet, à d’autres manifestations scientifiques et séminaires.
Le 5 avril 2024, de 16h30 à 18h30, nous entendrons :
Cléo Rager (Université Paris 1 – Panthéon – Sorbonne), « Quelle place de la communauté d’habitants dans le gouvernement urbain de la fin du Moyen Âge ? L’exemple de Troyes »
Répondant : Liêm Tuttle (Université Paris 1- Panthéon – Sorbonne)
La séance se déroule à l’Institut d’Histoire du Droit Jean Gaudemet, 4 rue Valette, 75005 Paris (escalier C – à gauche sous le hall de Sainte-Barbe – 3e étage).
Pour les personnes qui ne pourraient se déplacer à l’IHD, le séminaire sera accessible par ZOOM par le lien indiqué ci-dessous :
Je vous prie de trouver par ce message l’annonce de la prochaine séance du séminaire :
Vendredi 20 octobre 2023 (16h30 – 18h30), nous écouterons :
Anne Dobigny-Reverso (Université de Toulon – Institut Jean Gaudemet),
« Les conjurateurs sous Louis XIII »
Répondant : Raphaël Fournier (ESSCA)
Le séminaire se tiendra dans la salle d’ « ADMINISTRATION » de l’Institut d’Histoire du Droit-Jean Gaudemet, 4 rue Valette, 75005 Paris, esc. de gauche sous le hall, 3e étage.
Vous trouverez ci-dessous, en outre, le lien de connexion ZOOM pour toutes les personnes qui ne pourraient pas se déplacer à l’Institut, sachant que nous vous remercions, lorsque vous le pouvez bien sûr, de privilégier la présence dans nos locaux :
Les 5 et 6 octobre passés, s’est tenu à l’Université du Mans un colloque très “parlement(s) et cours souveraines” en dépit des apparences : il s’agissait de remettre à l’honneur une grande personnalité du monde judiciaire, administratif et politique du début du XIXe siècle, Etienne Denis Pasquier (prononcer “Pâquier”, svp), dit le Chancelier Pasquier, qui vécut entre 1767 et 1862 et fut le dernier chancelier de l’histoire de la France.
Parlementaire ?
Etienne Denis Pasquier, dans ses Mémoires, se dit “le dernier des parlementaires”. Que veut-il dire par là ? On le sait appartenir à plusieurs chambres de la représentation nationale sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, et comme tel, il est bien par députation un “parlementaire” au sens contemporain du terme. Certainement pas “le dernier”… C’est donc bien au “Parlement” d’Ancien Régime qu’il se rattache, avec toute l’expression de sa nostalgie d’un monde dont il ne représente plus, vers 1850-60, que l’un des très rares survivants : “L’ancien régime, celui qui a précédé la Révolution de 1793, ne m’avait point été inconnu”, écrit-il au début de ses Mémoires ; “avant sa chute,” ajoute-t-il, “j’étais déjà établi dans le monde.”
C’est bien ce qui fait tout l’intérêt du personnage : son exceptionnel longévité lui a fait connaître l’Ancien régime, la Révolution, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la retour des Bourbons avec Louis XVIII et Charles X, la Révolution de 1830, le règne de Louis-Philippe, roi des Français, la révolution de 1848, et c’est elle seulement qui le conduit à une longue retraite jusqu’à sa mort à Paris. Exceptionnel ! Il a connu pas moins d’onze constitutions ou actes constitutionnels après la Révolution qui met fin au régime dans lequel il a grandi et a commencé sa carrière (il a vingt-deux ans en 1789). Oui, c’est bien au parlement de Paris qu’il pense lorsqu’il se dit “le dernier des parlementaires”, le dernier de ces magistrats des cours souveraines d’Ancien Régime, et de la plus éminente d’entre elles. Il faut lire dans cette expression tout l’attachement qu’il professe à l’esprit de la magistrature ancienne, peut-être à ce que nous osons, par facilité, appeler l’idéologie de la Robe.
Car il entre au Parlement à vingt ans, avec dispense d’âge, comme conseiller en l’une des chambres des Enquêtes, où il n’eut en fait que le temps de se signaler avec ses jeunes collègues comme opposant au gouvernement de Louis XVI, dans les remous de ces années terribles de la “prérévolution” française. Il était le fils d’Etienne Pierre Pasquier, baron de Coulans, seigneur de Chaufour (dans la province du Maine à quelques lieues à l’ouest du Mans), qui était lui-même conseiller au Parlement depuis 1758. De plus, il était le petit-fils de Louis Pasquier que l’on trouve déjà dans l’enquête “secrète” de la fin de 1720, de d’Argenson, sur les magistrats du parlement de Paris et sur leurs aptitudes1 : ce Louis Pasquier y est mentionné au fol. 9 comme conseiller en la 1ère des Enquêtes, reçu le 30 décembre 1718 et déclaré, très sobrement, comme “médiocre” – ce qui ne veut pas dire mauvais, dans la langue du XVIIIe siècle, mais moyen, et pour cause : il est tout jeune et inexpérimenté. En fait, il finit sa carrière comme l’une des magistrats les plus qualifiés (dixit François Bluche dans sa thèse) ; il est par exemple l’un des deux rapporteurs du procès de Damiens en 1757, il joue un rôle également dans le procès de Lally-Tollendal en 1766. Son fils Etienne Pierre eut une fin terrible qui marqua profondément Etienne Denis Pasquier qui était le héros des journées du Mans : Etienne Pierre subit non seulement la destruction de l’institution qui avait fait toute sa carrière, mais il finit sur l’échafaud, le 20 avril 1794 (1er floréal an II) dans ce que l’on appela “la grande fournée parlementaire” (Adolphe Wattine), premier président en tête, suivi de trois présidents à mortier, deux présidents des Enquêtes, il était l’un des neuf conseillers de Paris, auxquels s’ajoutaient sept conseillers du parlement de Toulouse et un président de la Cour des aides… Etienne Denis, pour avoir participé activement aux régimes qui tentèrent successivement de “mettre fin à la Révolution”, n’en reste pas moins, de façon indélébile, marqué par la tradition de ses pères.
Ce trop bref aperçu d’une personnalité hors du commun ne nous fera espérer qu’avec plus d’attention et avec plus d’impatience la publication des actes de ce colloque de 2023. Pour le programme, voir : https://univ-droit.fr/recherche/actualites-de-la-recherche/manifestations/49620-etienne-denis-pasquier-1767-1862-un-parlementaire-gallican-sous-la-restauration-et-la-monarchie-de-juillet. C’est dire combien furent importants, et novateurs, les propos qui nourrirent ces deux jours d’entretiens.
Publié dans ce carnet à la page “Documents sur l’institution” : https://parlementdeparis.hypotheses.org/linstitution [↩]
Je vous prie de trouver par ce billet l’annonce de la prochaine séance du séminaire :
Vendredi 29 septembre (16h30 – 18h30), nous écouterons :
Élisabeth Kyriakidis (Université Paris I – Panthéon Sorbonne)
« Les projets de réforme de Guillaume de Lamoignon, premier président du Parlement de Paris de 1658 à 1677 »
Répondant : Robert Descimon (EHESS)
Le séminaire se tiendra dans la salle d’ « ADMINISTRATION » de l’Institut d’Histoire du Droit-Jean Gaudemet, 4 rue Valette, 75005 Paris, esc. de gauche sous le hall, 3e étage.
Vous trouverez ci-dessous, en outre, le lien de connexion ZOOM pour toutes les personnes qui ne pourraient pas se déplacer à l’Institut, sachant que nous vous remercions, lorsque vous le pouvez bien sûr, de privilégier la présence dans nos locaux :
Isabelle Brancourt-Storez vous invite à une réunion Zoom planifiée.
Sujet : Parlement(s) et cours souveraines – Reprise 2023-2024 – 29 sept 2023
Ou qu’est-ce que l’analyse d’une bibliothèque peut nous apprendre de son artisan ?
Yves Le Guillou
[Ce texte est l’édition, avec sa permission et sous son contrôle, de la communication d’Yves Le Guillou, au séminaire “Parlement(s) et cours souveraines” du 21 avril 2023, à l’Institut d’Histoire du Droit Jean Gaudemet. NDLR]
Ma conférence va porter sur la présentation de mon livre
Topographie d’une bibliothèque : le portrait par ses livres d’un juriste dans la société parisienne du XVIIe siècle.
Chaque terme du titre a son importance : je suis parti d’un inventaire de bibliothèque pour en dresser un plan à la manière d’un archéologue sur un champ de fouilles. A partir de là, j’ai essayé de dessiner le portrait intellectuel et spirituel de l’artisan de cette bibliothèque, à savoir l’avocat au Parlement de Paris Julien Brodeau, tout en l’inscrivant dans le contexte social de l’époque. J’ai ainsi essayé d’établir un lien entre le patrimoine social et le patrimoine culturel de cet homme et de sa famille.
Ce travail apporte quelques éléments nouveaux sur l’histoire du monde judiciaire au XVIIe siècle, en particulier le monde des avocats. Afin d’éviter tout quiproquo, je dois préciser dès maintenant que ce travail est l’œuvre d’un bibliothécaire-historien et non celle d’un historien du droit.
L’objet de mon travail était aussi de proposer une méthode de calcul de la progression sociale au sein de l’univers judiciaire de l’Ancien régime. Ce qui m’a amené à réfléchir sur les classifications sociales en même temps que sur les classifications du savoir.
L’histoire de la bibliothèque de Julien Brodeau ne peut s’écrire en dehors de l’histoire de la famille Brodeau elle-même. Depuis François Brodeau, le grand-père, jusqu’à Julien, c’est-à-dire sur trois générations, les Brodeau font profession d’avocat au Parlement de Paris. Je savais depuis ma thèse d’Ecole des chartes que les avocats ne constituaient pas un monde homogène et que l’on comptait parmi eux aussi bien des gens désargentés que des grosses fortunes. La profession d’avocat était souvent exercée temporairement par des licenciés en droit dans l’attente d’acheter un office de judicature. Souvent, l’achat de l’office se faisait sur deux générations ; le père avocat accumulait la fortune qui permettait au(x) fils (qui pouvaient être plusieurs) d’acheter le ou les offices. C’est le cas par exemple des Bouthillier que j’ai étudiés dans ma thèse des Chartes. L’avocat Denis Bouthillier achète un office de trésorier de France à son fils Denis (fondateur de la branche des Bouthillier de Rancé) et un office de conseiller au Parlement de Paris à son fils Claude, qui deviendra plus tard surintendant des finances. On retrouve le même schéma chez les Brodeau.
J’ai retracé la vie de la bibliothèque de Julien Brodeau depuis sa naissance (de la bibliothèque), vers 1597, jusqu’à sa mort en 1698. Parallèlement à la vie de la bibliothèque, j’ai étudié la vie de la famille Brodeau dans un champ chronologique un peu plus large, depuis les années 1540 jusqu’en 1702, date de la mort de Julien Brodeau, fils de Julien Brodeau. Mais surtout, j’ai donné une édition de l’inventaire des livres de Julien Brodeau assortie de quelques index qui facilitent la navigation dans cette masse d’informations.
Aujourd’hui, je vais concentrer mon propos sur Julien Brodeau comme juriste et sur la partie de sa bibliothèque qui était consacrée au Droit. Je vais notamment décortiquer l’inventaire de la bibliothèque pour jauger ce que j’appellerai, par facilité, le gallicanisme de Brodeau, une question qui se situe à l’intersection du droit, du politique et du religieux. Mais avant cela, j’aimerais poser le contexte social dans lequel Julien Brodeau élabore sa bibliothèque.
Qui est Julien Brodeau, avocat au Parlement de Paris ?
Sur Julien Brodeau lui-même, les dictionnaires biographiques sont quasiment muets, à commencer par le plus récent d’entre eux, le Dictionnaire historique des juristes français, dont la dernière édition publiée en 2015, ne consacre pas plus de dix-sept lignes à cet avocat, dans une notice erronée quant à son lieu et sa date de naissance. Pourtant, l’historien et docteur en droit Adolphe Tardif (1824-1890), qui fut successivement avocat au barreau de Paris et titulaire de la chaire d’histoire du droit civil et canonique à l’École des chartes, souligne, dans son Histoire des sources du droit français, l’importance de l’oeuvre de Brodeau jusqu’au XIXème siècle. La simple consultation de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert nous révèle vingt-cinq citations de Brodeau dans vingt-trois articles différents.
Julien Brodeau naît en 1583 et non en 1585 comme l’indiquent les dictionnaires biographiques, à Paris et non à Tours. Il est issu d’une lignée d’avocats au Parlement de Paris.
Ses grands-pères François Brodeau et Julien Lepelletier et son père Charles étaient avocats. Julien Brodeau a un demi-frère, Jean Brodeau, qui sera aussi avocat au Parlement de Paris. Ce Jean Brodeau, qu’il ne faut pas confondre avec le chanoine de l’église Saint-Martin de Tours, oncle de Julien et éditeur de textes antiques, élaborera une belle bibliothèque à la fin du XVIe siècle, bibliothèque dont héritera Julien Brodeau à la mort de son frère en 1597.
Julien Brodeau est porté sur les fonts baptismaux par son oncle et parrain Julien Lepelletier (à ne pas confondre avec le grand-père du même nom), docteur régent en la faculté de théologie et curé de Saint-Jacques de la Boucherie. Ce Julien Lepelletier est un « ligueur de pointe », selon l’expression de Robert Descimon, qui pousse à l’attentat contre le président Brisson. Julien Brodeau naît et grandit dans une famille marquée par la Ligue.
En 1610, il épouse Marie Mérault, fille de Pierre Mérault, receveur des consignations des requêtes du Palais. Ce mariage sera déterminant dans l’évolution sociale de la famille Brodeau. Julien Brodeau contracte une alliance dans un milieu au poids social très nettement supérieur au sien. Pierre Mérault, son beau-père, a été trésorier du duc d’Aumale : c’est donc lui aussi un fervent partisan de la Ligue. La famille Mérault, étendue et anciennement parisienne, se trouve au cœur de parentèles qui se confondent avec un large groupe social, unissant les représentants de différents centres de pouvoir à Paris (Hôtel de Ville, cours souveraines, fermes fiscales, Châtelet etc.).
La famille Brodeau au Parlement de Paris
C’est par Julien Brodeau que la famille Brodeau va quitter le milieu des avocats et des procureurs au Parlement de Paris pour s’agréger à celui des conseillers. On a vu que par son mariage Julien Brodeau s’alliait au monde de la finance. Si lui-même ne quitte pas sa profession d’avocat, son fils et ses filles entreront dans le monde de la magistrature.
La première fille, Marie Brodeau, épouse en 1634 Pierre Lalement, alors conseiller au Parlement de Metz. Les Lalement constituent, comme les Mérault, une famille parisienne d’ancienne souche. Pierre Lalement deviendra conseiller au Pt de Paris en 1642 puis maître des requêtes ordinaires de l’hôtel en 1652.
La deuxième fille, Catherine Brodeau, épouse en 1643 François Quatresolz, conseiller au Parlement de Paris. Même si la famille Quatresolz n’a pas la surface sociale des Lalement, cette nouvelle alliance conforte l’installation des Brodeau dans le monde des magistrats du Parlement de Paris où les deux beaux-frères vont se côtoyer.
Quant à Julien II, son office de conseiller au Parlement de Paris est acheté en 1652 et Julien II est reçu au Parlement en 1654. En 1657, il épouse Madeleine Beschefer, fille du premier substitut du procureur général. Il faut noter que la charge de premier substitut du procureur général au Parlement que possédait Jean Beschefer, le père de la future, se classe loin derrière un office de conseiller dans une cour souveraine.
La famille Brodeau au sens large prend part d’une manière active à la Fronde, en particulier Pierre Lalement et François Quatresolz. Ces deux derniers jouent au Parlement un rôle certain dans le mouvement de révolte. On connaît leurs interventions dans les débats grâce au journal de Pierre Lalement lui-même et à celui du conseiller Jean Le Boindre. Les deux beaux-frères ne font pas partie des frondeurs extrémistes. Lalement et Quatresolz prennent même la défense des traitants, si détestés par la Cour. Il faut dire que leur oncle par alliance Pierre II Mérault est un des principaux traitants de l’époque. Si l’on connaît assez précisément la participation des conseillers Lalement et Quatresolz à la révolte de la Fronde, on connaît moins celle de l’avocat Julien Brodeau leur beau-père. Il semble cependant que ce dernier ait profité de la vente de la bibliothèque du cardinal Mazarin en 1652 pour enrichir sa propre bibliothèque.
A la mort de Julien Brodeau en 1653, la famille Brodeau a réalisé une progression sociale prodigieuse par rapport à la génération précédente. Julien Brodeau laisse une fortune que j’estime à environ 600 000 livres, ce qui la place au niveau des plus belles fortunes de conseillers au Parlement de Paris. L’agrégation de la famille Brodeau à la magistrature du Parlement de Paris est exemplaire, même si l’on sent, mais un peu plus tard en 1657, par son mariage hypogamique, que Julien II peine à asseoir sa légitimité sociale.
Après avoir posé ces quelques éléments du contexte social et familial, je vais maintenant aborder l’œuvre juridique de Julien Brodeau.
L’œuvre de Brodeau est directement liée à son métier : c’est l’œuvre d’un praticien. Brodeau commence à travailler à son œuvre dès 1610. C’est à cette date que le président au Parlement de Paris, Antoine Séguier, lui confie la tâche de continuer l’œuvre juridique du conseiller Georges Loüet et de reprendre ses commentaires des arrêts du Parlement.
Louis Séguier, conseiller au Parlement et frère du président, avait conservé le manuscrit de Georges Loüet. Sans doute avait-il commencé à travailler à la publication de ce texte mais la mort l’interrompit en 1610. Antoine Séguier choisit alors de confier la continuation de cet ouvrage à Julien Brodeau, jeune et brillant avocat. Continuateur de Loüet et peut-être des frères Séguier, Brodeau remet le travail sur le métier tout au long de sa vie et amplifie considérablement l’œuvre initiale. Le Recueil d’aucuns notables arrests, donnez en la cour de Parlement de Paris connaît plusieurs éditions concurrentes du vivant de Brodeau. La publication « officielle » ne connaît pas moins de dix éditions, à partir de 1612 chez Françoise de Louvain, veuve d’Abel L’Angelier, et jusqu’en 1650 chez Pierre Rocolet et Jean Guignard. Cette édition officielle sera concurrencée par des éditions sans privilège, voire des impressions pirates en Suisse.
En quarante ans, Julien Brodeau n’aura pas vu moins de vingt versions différentes de son œuvre, ce qui laisse penser que le Recueil d’aucuns notables arrests… fut un véritable succès de librairie.
La consultation de quelques inventaires de bibliothèque pris au hasard de mes recherches dans le minutier central des notaires parisiens montre que toutes les bonnes bibliothèques de juristes devaient posséder les commentaires des arrêts de Loüet.
Sans doute faudrait-il ajouter cette réussite éditoriale aux sources de la fortune matérielle de Brodeau, d’autant que celui-ci paraît avoir été le collaborateur de Françoise de Louvain pour les éditions juridiques.
Les œuvres posthumes : le commentaire sur la coutume de Paris et la vie de Charles Du Moulin
À sa mort, Julien Brodeau laisse deux œuvres inédites, qui seront publiées par son gendre Pierre Lalement et son fils Julien : une vie de Charles Du Moulin et un commentaire de la coutume de Paris.
Charles Du Moulin, éminent juriste du XVIème siècle, commentateur prolixe des coutumes du royaume, est un modèle de science pour Brodeau. Ce dernier possède sans doute la collection la plus complète des œuvres de Du Moulin qu’aucune bibliothèque ait jamais conservée, soit 57 titres. Curieusement, Du Moulin n’a jamais donné un commentaire complet de la coutume de Paris. Les commentaires qu’il a fait imprimer ne portent que sur soixante-trois articles de la coutume de Paris concernant les fiefs et les censives. En se plaçant sous l’égide de Du Moulin, Brodeau se voit sans doute comme son continuateur.
En 1658 paraît le Commentaire sur la coustume de la prévosté et vicomté de Paris, en édition partagée chez Pierre Rocolet, Jean Guignard et Denis Béchet. À la fin de l’Avis au lecteur, Julien II évoque quelques notes inédites de son père sur les coutumes générales qu’il a l’intention de faire paraître peu de temps après le commentaire sur la coutume de Paris, ce qui sera fait à l’occasion de la deuxième édition. Mais cette deuxième édition, qui paraît en 1669, semble être principalement le fait des libraires : Pierre Lalement est décédé en 1662 et Julien II n’ajoute rien aux textes liminaires existants.
Après 1662, ce sont les libraires qui reprennent les affaires en main. De manière générale, ces derniers jouent un grand rôle dans l’essor de l’arrestographie à cette époque. Ils décèlent, dans ce nouveau genre de littérature juridique, un marché prometteur.
La bibliothèque de Julien Brodeau
L’œuvre de Julien Brodeau ne se réduit pas aux textes juridiques que je viens de citer : je considère que sa bibliothèque fait partie de son œuvre. Du vivant de Brodeau, sa bibliothèque jouit d’une grande renommée : dès 1643, Gabriel Naudé dans son Bibliothecae cordesianae catalogus (catalogue de la bibliothèque du chanoine de Cordes) la place parmi les plus belles bibliothèques de la capitale. Louis Jacob lui accorde une place de choix dans son Traitté des plus belles bibliotecques publiques et particulieres, et Pierre Le Gallois continue de la mentionner en 1680 dans son Traité des plus belles bibliotheques de l’Europe.
On connaît précisément la composition de la bibliothèque de Julien Brodeau grâce à l’inventaire qui en est dressé en 1658 à la suite du mariage de Julien II avec Madeleine Beschefer et qui est conservé aujourd’hui au Minutier central des notaires parisiens.
Tableau synoptique par formats du classement de la bibliothèque de Julien Brodeau
En vert gras et majuscules : les divisions communes aux trois formats.
En vert maigre et minuscules : les divisions communes à deux formats.
En rouge : les divisions non communes. [Cliquer sur le tableau pour agrandir]
Tous formats confondus, l’inventaire, qui décrit 6063 volumes, est divisé en 27 matières distinctes qui vont des commentaires de la Bible et des Pères de l’Eglise à la démonologie et aux livres facétieux.
Fig. 1 Bibliothèque de Brodeau – Répartition des livres par catégories de la connaissance
Dans leurs grandes masses, les livres se répartissent de la manière suivante :
L’Histoire (42 %) constitue le morceau le plus gros, suivi, mais de loin, par le Droit (23 %). La Religion, les Sciences et les Belles-lettres se répartissent le tiers restant dans les proportions que vous pouvez voir sur la figure 1.
Concentrons-nous sur le domaine du droit, le deuxième plus important du point de vue du nombre, après l’Histoire. Dans les trois formats de livres (in-folio, in-4o, in-8o), Brodeau regroupe le droit romain (jus civile) et canonique sous la même rubrique (utriusque juris scriptores) et les sépare des coutumes et de la législation royale. Dans le format in-folio, il distingue en plus le droit français du droit étranger. Plus précisément, les titres se répartissent ainsi :
Fig. 2 Bibliothèque de Brodeau – Répartition des livres de droit
On constate une forte dominante du droit français suivi de près par le droit romain. Dans le domaine du droit religieux, pour affiner le classement de Brodeau, j’ai distingué le droit canonique du droit ecclésiastique. Le droit canonique règle le gouvernement de l’Eglise universelle tandis que le droit ecclésiastique régit la discipline d’une Eglise nationale. En France, aux XVIème et XVIIème siècles, le droit ecclésiastique se développe, comme fondement des libertés de l’Eglise gallicane et d’une certaine autonomie politique par rapport à la papauté.
C’est sous les rubriques du droit canonique et du droit ecclésiastique (qui regroupent 284 titres) que se loge en grande partie la question du degré d’adhésion de Brodeau aux idées gallicanes, en particulier dans la composition des traités relatifs aux rapports entre l’autorité ecclésiastique et l’autorité séculière.
Le système normatif de l’Eglise est constitué de deux sources principales : d’une part les décisions des papes et d’autre part les canons des conciles. Alors que, dans la bibliothèque de Brodeau, les décisions des papes sont quasiment toutes classées en droit canonique, les canons des conciles sont, pour la plupart, classés avec l’histoire ecclésiastique. Ce point n’est pas dénué d’importance quand on considère que la supériorité du concile sur le pape est une opinion qui sous-tend la doctrine gallicane. Quel sens peut avoir le classement opéré par Julien Brodeau ?
Pour le savoir, prenons comme exemple une autre bibliothèque classée par un bibliothécaire gallican. Quand il rédige le catalogue de la bibliothèque du chanoine Jean de Cordes, Gabriel Naudé classe les canons des conciles sous la rubrique du droit canonique. De la même manière, il y classe l’ouvrage de Pierre Pithou (Traitez des droictz et libertez de l’eglize gallicane) et celui de Pierre de Marca (De libertatibus ecclesiae gallicanae) alors que Brodeau les classe, eux aussi, avec l’histoire ecclésiastique. Doit-on voir une signification dans ces différences de classement ? Pour cela, établissons d’autres repères à partir de titres caractéristiques comme le Songe du vergier ou la Pragmatique sanction de Bourges, textes fondateurs du gallicanisme. Jean de Cordes ne possède pas le Songe du vergier et Brodeau classe les deux exemplaires qu’il possède sous deux rubriques distinctes : les Historici generales et les Politici. Et il classe ses trois exemplaires de la Pragmatique sanction dans la division du droit canonique comme le fait Gabriel Naudé dans le Catalogus bibliothecae cordesianae.
Pour Brodeau, ni les canons des conciles ni le Songe du vergier n’ont la même force d’actualité que la Pragmatique sanction, pourtant abrogée par le concordat de Bologne ; mais le texte ancien du Songe du vergier appartient autant à l’actualité politique qu’à l’Histoire. Si l’on devine un sens dans le classement de Brodeau, ce classement reste mouvant et les titres défendant les idées gallicanes appartiennent, selon lui, autant à l’histoire qu’aux idées politiques ou au droit canonique. Le classement de ces titres hors du noyau dur du droit ou des idées politiques n’en affaiblit pas pour autant l’importance : il leur donne simplement un sens un peu différent. Pour cette raison, mon analyse des titres soutenant les idées gallicanes ne s’est pas arrêtée au domaine du droit mais a pris en compte l’ensemble de la documentation, quel qu’en soit le classement.
Les ouvrages des opposants au pape ne manquent pas, et parmi les plus radicaux. On trouve, en vrac, les œuvres de Marco Antonio de Dominis, Paolo Sarpi, Pierre Pithou, Pierre Dupuy, Pierre de Marca (déjà évoqué), Jérôme Bignon, Jacques Gillot, Giacomo Antonio Marta, Simon Vigor, François Harlay de Champvallon et des auteurs peut-être un peu moins connus comme Michel Roussel ou le chanoine de Rouen Adrien Behotte.
Brodeau possède aussi un certain nombre d’ouvrages d’auteurs protestants qui traitent de l’autorité du pape en matière temporelle, comme les juristes Jean Bedé de La Gormandière, Innocent Gentillet, Denys Godefroy, Jean Hotmann, et l’inévitable Charles Du Moulin, qui, dans le conflit qui oppose Henri II au pape à propos de la collation des bénéfices, prône une soustraction d’obédience à l’instar de l’Eglise d’Angleterre.
À la différence de beaucoup d’autres sujets traités par la bibliothèque de Brodeau, le point de vue des opposants aux idées gallicanes est nettement sous-représenté. On ne trouve pas par exemple le De potestate summi pontificis in rebus temporalibus de Robert Bellarmin. Les ouvrages des théoriciens ultramontains comme Francesco Suarez ou Antonio Santarelli sont absents.
La nature de la documentation rassemblée par Julien Brodeau sur la question de l’autorité du pape en matière temporelle comme sur l’autorité des évêques ne laisse guère planer de doute sur l’adhésion de Brodeau aux idées gallicanes. On peut interpréter sa documentation en droit canonique et en droit ecclésiastique comme majoritairement tournée vers la question de l’autonomie de l’Eglise de France vis-à-vis du pouvoir pontifical. Aucun sujet n’est oublié : du traitement des bénéfices ecclésiastiques, qui représente la plus grande part des traités de droit canonique, à la querelle des réguliers et des séculiers, qui touche à l’autorité de l’évêque dans son diocèse face à des congrégations relevant directement de Rome comme les ordres mendiants ou les Jésuites.
Brodeau rassemble des textes qui donnent à sa documentation une teinte assez radicale. À travers sa bibliothèque, Brodeau reconnaît au pape toute son autorité spirituelle mais n’est pas loin de lui dénier toute autorité temporelle, séparant clairement la foi de la discipline.
Un centre d’intérêt de la collection juridique de Brodeau : la famille
Je vais continuer mon analyse de la bibliothèque de Brodeau en focalisant votre attention sur un thème qui me semble important de la pensée juridique de Brodeau : la famille. Dans le domaine du droit romain, qui contient 420 titres, les traités occupent la première place. J’ai tenté de regrouper ces traités par grandes catégories du droit :
Fig. 3 Bibliothèque de Brodeau – Répartition des traités de droit romain
Ces regroupements montrent selon moi l’importance de la famille, thème prépondérant dans la documentation de Julien Brodeau en droit romain si l’on y inclut les successions.
Avec 25 titres, les traités particuliers de droit français sont beaucoup moins nombreux que les traités particuliers de droit romain, au nombre de 204 dans la bibliothèque de Brodeau. La famille, si l’on y inclut les successions, ne représente que 20 % de ces traités particuliers de droit français. Pourtant, pour Brodeau, comme pour beaucoup de praticiens humanistes, le droit français est le seul véritable fondement de l’Etat et, à la base de l’Etat, la famille, comme l’énonce Brodeau lui-même à l’article « Chevaliers de Saint Jean de Jerusalem » des Arrêts de Loüet :
« il ne fauct point s’aheurter aux maximes du droict romain, qui ne s’observe point en France comme faisant loy, ains en tant que fondé en raison (…) mais a celle de nostre droict françois, qui nous sont particulieres & diametralement contraires pour ce regard au droict romain, comme estant fondees sur des motifs et considerations du tout differentes. Car les Français ont esté de tout temps ialoux et curieux de l’entretenement et conservation des familles par-dessus toutes les autres nations du monde & particulierement par-dessus les Romains, lesquels comme naturellement tous les peuples conquerans et belliqueux n’avoient rien en plus singuliere recommendation que l’accomplissement des volontez des particuliers qu’ils vouloient tenir lieu de loy, les faisant passer par-dessus toute consideration du commun devoir, du bien public et de l’utilité des familles, comme estant la vraye marque de leur liberté, de dominer souverainement en sa famille et y tenir tout esclave sous sa main. Au lieu que la pluspart des loys et coustumes generales du royaume de France n’ont autre but et autre fondement que le bien de l’Estat et l’entretenement des familles. »
Le « droit français de la famille » était-il sous-représenté dans la bibliothèque de Brodeau par rapport à la production éditoriale de l’époque ? C’est un problème qui reste à résoudre et je laisse aux historiens du droit le soin de s’emparer de cette question.
La collection de droit français
Après avoir brièvement évoqué le thème de la famille, je vais aborder la collection de droit français de la bibliothèque de Brodeau dans son ensemble. Julien Brodeau, dont l’œuvre traite uniquement du droit français, rassemble dans ce domaine une matière importante (489 titres) qui s’organise autour de deux pôles principaux : du point de vue de la norme, les coutumes, et, du point de vue de son application, les tribunaux :
Fig. 4 Bibliothèque de Brodeau – Répartition des livres de droit français
Le droit français : la norme
Brodeau rassemble les sources du droit français, c’est-à-dire les édits et ordonnances des rois de France et les coutumes. En juriste historien, il remonte aussi loin que possible dans le temps, depuis les Antiquitates germanicae de Basilius Johannes Herold, qui traite, avec le droit germanique, du droit des Francs, jusqu’aux Formulae de Marculfe en passant par les capitulaires carolingiens. Il acquiert les recueils généraux de lois comme ceux d’Antoine Fontanon, Pierre Rebuffi, Pierre Guénois ou Pierre Néron dont les Édicts et ordonnances (…) sur le faict de justice, publiés en 1643 poussent jusqu’au début du règne de Louis XIV. Brodeau ne possède pas de recueil d’actes royaux postérieur à cette date. Certains volumes reprennent la législation de règnes particuliers depuis Charles VII jusqu’à Louis XIII. On doit noter la présence de soixante-trois volumes de recueils d’édits, déclarations et règlements des xvi e et xvii e siècles qui traitent de beaucoup de matières et, principalement, des impôts, des offices, des monnaies, des duels, des hôpitaux, de l’Université, etc. Trois ordonnances sont particulièrement commentées : l’ordonnance de 1539 sur le fait de justice, dite de Villers-Cotterêts (trois volumes), l’ordonnance de Moulins de 1566 (trois volumes) et l’ordonnance de Blois de 1579 (trois volumes). Certaines réglementations particulières retiennent plus l’attention de Brodeau comme les édits de pacification, la navigation et le commerce sur la Loire, les eaux et forêts, la gendarmerie ou les monnaies.
À côté de cette riche documentation réglementaire, Brodeau rassemble une documentation bien plus riche encore sur les coutumes. La date la plus ancienne qu’indique l’inventaire est 1460, ce qui montre que Brodeau a rassemblé des coutumiers parmi les plus anciens depuis que le roi a ordonné leur rédaction au xv e siècle. Le texte imprimé le plus vieux que nous ayons identifié date de 1486 et concerne la coutume de Poitou.
La documentation de Brodeau sur ce sujet est aussi complète que possible, intégrant les coutumes autant dans leur première rédaction que dans leur rédaction réformée et les commentaires sur ces coutumes. Selon les provinces, le nombre des titres traitant des coutumes se répartissent comme suit :
province concernée
province concernée
coutume de Paris
19
coutumes de Provence
5
coutumes de Normandie
15
coutumes des Trois évêchés
4
coutumes d’Ile-de-France et de Picardie
14
coutume de Blois
3
coutumes d’Orléans et de l’Orléanais
13
coutumes du Bourbonnais
3
coutumes du Poitou
13
coutumes de Saintonge
3
coutumes d’Anjou
11
coutumes du Vermandois
3
coutumes de Champagne
10
coutumes du Nivernais
2
coutumes d’Auvergne
9
coutume de Lyon
2
coutumes de Bretagne
8
coutumes de l’Artois
1
coutumes du Maine
7
coutumes de Bresse
1
coutumes de Touraine
7
coutumes de Dombes
1
coutumes de Bourgogne
7
coutumes du Dauphiné
1
coutumes du Berry
6
coutumes du Barrois
1
coutume de Bordeaux (et Guyenne)
6
coutumes de la principauté de Sedan
1
coutumes du Languedoc
6
coutumes du Perche
1
coutumes d’Aunis et d’Angoumois
5
Sans surprise, la coutume de Paris arrive en tête de la collection d’un juriste qui aura consacré sa vie à son commentaire sans pouvoir l’achever. Charles Du Moulin est, dans ce domaine également, l’auteur le plus cité.
Les praticiens humanistes spécialistes du droit français conjuguent leurs recherches en matière juridique avec l’écriture de l’histoire. Pour eux, le droit est inséparable de l’histoire et beaucoup rédigent, en parallèle des commentaires de la coutume d’une province, l’histoire de cette province. Ils cherchent à travailler sur des sources directes et authentiques et passent leur vie à collecter des « preuves ». Comme l’écrit Quentin Epron dans sa thèse d’histoire du droit : « [Leur] méthode juridique (…) est traversée par une métaphysique dualiste selon laquelle le droit trouve sa véritable origine dans une réalité extra-juridique ». L’inventaire de la bibliothèque répertorie de nombreux auteurs qui accompagnent leurs commentaires d’une coutume d’une histoire de la province concernée. Le parangon du juriste historien est sans doute Etienne Pasquier dont les Recherches de la France sont abondamment utilisées par Brodeau, qui les cite trente-sept fois dans ses commentaires des arrêts de Loüet et pas moins de quarante-six fois dans les notes qu’il inscrit en marge de son exemplaire de l’histoire de Charles VI par Jean Juvénal des Ursins, exemplaire conservé aujourd’hui à la Réserve des livres rares de la BnF.
2. Le droit français : son interprétation
Pour terminer mon exposé, il me reste à aborder très rapidement la partie de la collection juridique de Brodeau qui est consacrée aux commentaires de décisions de justice de différentes cours, c’est-à-dire à l’interprétation du droit Je rapproche des recueils d’arrêts les recueils de plaidoyers, remontrances ou harangues d’avocats ou de magistrats célèbres dont Brodeau possède une belle collection, car ces recueils contribuent à l’interprétation du droit autant que les commentaires d’arrêts.
J’éviterai d’énumérer ici les nombreux recueils d’arrêts acquis par Brodeau en me contentant de souligner les lacunes. Il est tout d’abord remarquable que Brodeau ne possède pas toutes les éditions des commentaires des arrêts de Loüet, dont il est l’auteur : l’inventaire ne décrit que les éditions de 1612, 1644, 1650 et 1655, cette dernière ayant été classée dans la bibliothèque après la mort de Brodeau, alors que la publication « officielle » de cette œuvre du vivant de son auteur ne compte pas moins de dix éditions comme nous l’avons vu. Brodeau est d’ailleurs obligé de racheter un exemplaire de l’édition de 1612, qui porte un prix dans l’inventaire, après s’en être débarrassé peut-être un peu vite dans sa jeunesse. Nous remarquons aussi l’absence des célèbres Arrests de la Cour prononcez en robbes rouges par Jacques de Montholon, pourtant abondamment cités par Brodeau dans ses commentaires des arrêts de Loüet, ainsi que l’absence des 237 arrêts célèbres et mémorables du Parlement de Paris de Barnabé Le Vest, lui aussi abondamment cité. Ces absences remarquables posent la question de la complétude de l’inventaire. On imagine mal que Brodeau n’ait pas possédé, à un moment ou à un autre, des ouvrages qu’il cite si souvent. Julien II s’est-il débarrassé de certains livres entre 1653, date de la mort de son père, et 1658, date de la rédaction de l’inventaire ? Julien le père s’en était-il déjà débarrassé avant sa mort ? Ces livres étaient-ils rangés dans une autre pièce que le cabinet des livres au moment où l’inventaire fut dressé ? À côté de sa bibliothèque d’étude, Julien Brodeau entretenait-il une bibliothèque de travail, plus intime, qui aurait échappé à la rédaction de l’inventaire ?
La collection juridique de Julien Brodeau montre l’ampleur de la science de ce dernier dans le domaine du droit tant du point de vue du droit savant (droit canonique et droit romain) que de la pratique. Le praticien et théoricien Brodeau ne néglige pas les ouvrages de réflexion sur sa matière. Il acquiert notamment deux éditions du De jure belli ac pacis d’Hugo Grotius et semble vouer une grande admiration au célèbre juriste hollandais si l’on en croit les dix-huit titres de cet auteur présents dans l’inventaire. Peut-être Brodeau a-t-il eu l’occasion de rencontrer Grotius car celui-ci s’est réfugié à Paris à partir de 1621, chez Pierre Dupuy, avec d’autres arminiens persécutés.
L’analyse de sa collection juridique croisée avec celle de sa collection historique autorise à rattacher Julien Brodeau à la famille des praticiens humanistes. Si ses goûts et sa recherche continuelle de preuves le tournent vers le passé, Brodeau ne reste pas pour autant insensible à certaines idées nouvelles en matière juridique. Comme avocat, il élabore la « manière française du droit » (pour reprendre l’expression de Quentin Épron) en fondant son œuvre sur ses connaissances réelles du Palais.
La bibliothèque de Julien Brodeau représente non seulement un « conservatoire des lectures », un laboratoire dans lequel un juriste élabore le droit et où il partage avec d’autres des sources précieuses d’informations, mais c’est aussi un objet qui rend visibles les goûts, la spiritualité et la culture d’un homme qui a hérité des grands juristes du siècle précédent les méthodes humanistes et qui aspire à donner au droit français toute son autonomie. Et un peu plus loin que l’horizon du droit, nous voyons s’esquisser ce qui deviendra plus tard un projet politique, qui commence à émerger comme une certaine idée de l’État.
Chronique des recherches dans des archives hors norme