En mai-juin 2025, notre petite équipe renforcée de Charles de Miramon, directeur de recherche de notre UMR 7184 (Institut d’histoire du Droit Jean Gaudemet – Université Paris Panthéon Assas-CNRS), parvenait à remettre en ligne – et donc à l’honneur – les bases de données qui sont l’un des fleurons des recherches réalisées au sein du CEHJ. Cette riche documentation est en libre accès sur HUMA NUM. https://cehj-parlement.huma-num.fr/php/bases_ihd.php
A la fin juin de la même année 2025, la Direction scientifique du CNRS annonçait la mise au concours, en création, d’un poste d’ingénieur de recherche fléché Humanités numériques. Depuis janvier 2026, le CEHJ a donc un ingénieur de recherche, Lionel Germain. Qu’il trouve dans ces quelques lignes le chaleureux accueil qu’il mérite. Il est ingénieur expérimenté dans les Humanités numériques et historien, titulaire d’une thèse de l’Université en histoire médiévale.
Ce recrutement est en effet la condition essentielle de la poursuite de nos projets ambitieux, en premier lieu, la seule possibilité de faire rebondir les projets PARL-IA-MENT(S) (automne 2024) et AuTranPar (automne 2025) qui n’ont pas reçu, pour l’heure, l’aval d’une instance de financement. L’un et l’autre visaient à passer à l’étape de l’automatisation et de l’utilisation de l’IA pour re-dynamiser à la hauteur des outils et méthodes d’aujourd’hui les travaux d’indexation des archives du Parlement de Paris (série X des Archives nationales de France à Paris). L’urgence dans nos métiers, est bien de répondre aux contraintes actuelles de la recherche, la principale étant la disette de personnel : je suis entrée en 1998 au CEHJ, en délégation de l’Université, ce qui devait me permettre d’intégrer le CNRS par concours en 2000, grâce à l’accueil empressé du directeur de l’époque, le Pr. Jean-Marie Carbasse (qu’il en soit ici remercié une fois encore) ; j’y découvrais alors une « petite » équipe (autonome à cette époque jusqu’à la fusion en 2000 dans l’Institut d’Histoire du Droit, actuellement Jean Gaudemet UMR 7184), «petite» donc, mais une équipe exceptionnellement nombreuse en ITA (comme l’on disait alors) : une technicienne efficace et inventive, une assistante-ingénieure d’étude, un ingénieur d’étude, deux ingénieures de recherche1, tous expérimentés, tous appliqués depuis des années et pour des années encore à l’analyse des registres médiévaux du Parlement (Olim et XIVe-XVe siècles). J’ouvrais les travaux du CEHJ à l’Époque moderne, sur ce fonds absolument hors norme du Parlement à partir du XVIe siècle, et, en 2001, une nouvelle ingénieure de recherche vint s’adonner, comme moi pour la fin du XVIIe et le XVIIIe siècle, à l’analyse des registres de la période tragique des Guerres de religion (entre 1589 et 1594).
À l’heure actuelle, sans l’arrivée bienheureuse de Lionel Germain comme ingénieur de recherche, il n’y aurait plus un seul IT au CEHJ… Ainsi va la politique scientifique. Sans notre persévérance à monter des projets et réclamer des moyens, il n’y aurait eu sans doute plus d’espoir de survie pour cette unité, qui travaille en collaboration – formellement conventionnée – avec l’ex “Section ancienne” des Archives nationales (actuel “Département du Moyen Âge et de l’Ancien Régime” ou DMAAR). Par conséquent, avec le seul soutien de chercheurs et d’enseignants-chercheurs accaparés par ailleurs par leurs enseignements et leurs projets personnels, cela ne laissait guère de possibilités de poursuivre les travaux commencés et de les valoriser, alors même qu’il y a de plus en plus de chercheurs (jeunes et moins jeunes), de France et d’ailleurs, qui frappent aux portes de ce fonds mythique du (et des) Parlement(s) de la France d’Ancien Régime2. Lionel Germain, c’est le sang neuf du CEHJ.
Cela fait longtemps que le CEHJ a élevé ces méthodes de travail à la hauteur de l’ère numérique. Le fondateur du CEHJ, le Pr. Timbal lui-même a su comprendre, dès la fin des années 70 du siècle dernier, les atouts de l’informatique. Les bases de données, accessibles en ligne, comme nous l’indiquions ci-devant, en furent progressivement les résultats concluants. Pourtant, c’est désormais à un niveau de très haute technologie que nous devons impérativement nous hisser.
La première étape était de rendre nettement plus visibles les résultats des recherches passées réalisées dans le fonds de la série X des Archives nationales au sein du CEHJ, en articulant tout ce qui était publié sur Internet à ce qui en avait été le point de départ, sur supports classiques ou obsolètes, également aux ressources du site des Archives nationales. En 2023 en effet, un historien en herbe, aujourd’hui doctorant, informaticien de carrière, qui nous avait contacté pour retrouver dans le fonds du Parlement des procès en appel de Lyon au XVIIIe siècle, me faisait cette remarque : “Il y a plein de choses qui se sont faites ici (au CEHJ), mais il manque (dit-il en faisant un geste circulaire), un grand outil qui les rassemblerait et nous entraînerait de l’un à l’autre”. Grâce à quelques portes que nous avons pu lui ouvrir, ce doctorant à non seulement trouvé ce qu’il cherchait mais, de façon spectaculaire, il a réussi à poser les bonnes démarches qui, de la connaissance des archives et de l’articulation des sous-séries du fonds entre elles, lui ont permis de retrouver le fil des procès (civils, en l’occurrence). La difficulté des études sur la justice ancienne est qu’on ne peut guère connaître la procédure autrement qu’en reconstituant, par les pièces, le fil des procès, et retrouver ce fil qu’en suivant la procédure. Un serpent qui se mord donc la queue. C’est alors la masse énorme des archives, registres et minutes qui devient l’obstacle à surmonter, plus encore, d’ailleurs, que les difficultés de la paléographie. Alors que dans les années 1720, chaque année d’activité du Parlement de Paris accumule autour de 50 registres de ses océaniques archives (sans compter les cartons de minutes…), c’est ouvrir pour l’avenir des perspectives de recherche époustouflantes. Encore faut-il créer l’outil qui rendra visible tous ces résultats cumulatifs. Depuis janvier, c’est à cela que Lionel Germain s’est d’abord attelé. Désormais co-administrateur de ce carnet, il vous dira lui-même, de billet en billet, les pas de géant qu’il fait de mois en mois.
Sa thèse, intitulée Écrit et fabrique du gouvernement urbain en Rouergue (XIIe-XIVe siècle), est sortie récemment des presses du Septentrion, en édition classique (accessible aussi sur OpenEdition Books). Un beau livre, mais plus que cela, selon notre point de vue : 1) une thèse qui a plongé aux sources archivistiques les plus ardues à déchiffrer (une école idéale pour qui veut maintenant se confronter aux archives du ou des Parlement(s) de France) ; 2) un ouvrage qui fait démontrassion d’une maîtrise remarquable des outils numériques (traitement d’images et logiciels, traitement des données et de l’indexation). Ce sont les compétences que nécessitait le passage prochain de nos travaux du CEHJ à l’automatisation des transcriptions et de l’indexation par le développement des LLM et du RAG (telle qu’envisagée dans les projets PARL-IA-MENT(S) et AuTranPar.
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Parce que : à moins d’imaginer un revirement radical de la politique du CNRS en matière de création de postes, l’automatisation et l’IA sont désormais notre seule chance de « gagner contre la montre » et d’atteindre dans des délais raisonnables la constitution de séries de données extraites de la justice du Parlement qui puissent toucher à l’exhaustivité, si tant est qu’elle soit possible) sur des tranches chronologiques moyennes ou longues, qui puissent permettre, en tout cas, des études sérielles et statistiques significatives. Car le but ultime de nos recherches n’est-il pas – « exigence de justice » oblige – de connaître la justice du passé, pour permettre – peut-être – de répondre à certaines questions contemporaines ou du moins de les éclairer d’un jour nouveau ?
- Sans oublier en outre Mlle Bertheau, archiviste-paléographe, ingénieure de recherche, handicapée auditive, qui jusqu’à sa retraite a réalisé des index remarquables dans les registres modernes du Conseil du roi, pour le règne d’Henri IV sous la supervision du Pr Michel Antoine [↩]
- Pour la province, série B des Archives départementales des grandes capitales parlementaires [↩]




















